vendredi 23 mai 2008

Don't be a stranger

Mardi soir avec W., je suis allée au théâtre voir la dernière création de Christian Schiaretti. Un texte de Vinaver de près de 6 heures et une mise scène qui compte une trentaine de comédiens et de musiciens. La scénographie grandiose remplit le large plateau de la grande salle du théâtre de la colline. Cette année, je ne suis allée que 6 fois au théâtre. New York me l'a rappelé.


Tanzgeschichten, Raimund Hoghe


C'est dans ce théâtre moderne perché dans le 20e arrondissement que j'ai commencé à aller au théâtre, que je l'ai aimé puis détesté. Une relation passionnelle boulimique comme l'est l'amour naissant. C'est sur le chemin de Pereira prétend de Tabucchi par Bezace que j'ai rencontré A. S et D. , c'est grâce à une mise en scène du dernier condamné de Victor Hugo à l'Alliance française que j'ai tiré un trait sur S. C'est après les huit heures éprouvantes de Rwanda 94 que j'ai décidé de ne jamais faire du divertissement sur une scène. C'est dans la salle du Théâtre municipal d'Avignon que j'ai eu envie d'écrire sur Cocteau. C'est sur Yvonne, princesse de bourgogne que j'ai versé mes premières larmes et dans la Cour du Palais des Papes que j'ai découvert la magnificence chorégraphique de Pina Bausch. C'est grâce à la beauté monstrueuse de Raimund Hoghe que le feu a repris. À l'origine de conversations passionnées, de débats tumultueux, de prises de conscience diverses.

Je me souviens des heures passées à décortiquer tout, des combats initiés, abandonnés, gagnés, du plaisir sans limite. Je me souviens des sprints piqués à la sortie des bouches de métro pour ne pas rater les levers de rideau. Je me souviens m'être sentie électrique lorsqu'en juin 2003, j'ai présenté pour la première fois une de mes mises en scène devant une cinquantaine de personnes dubitatives. Je me souviens à quel point je t'ai trouvée belle en Antonin Artaud et que tu étais la seule à croire en ton metteur en scène. Je me souviens de nos soirées tièdes à Avignon et des cigales qui ponctuent les prosodies. Je me souviens du regard accusateur d'Anatoli Vassiliev lorsque j'ai oublié mon texte d'Ophélie. Je me souviens des premiers applaudissements et de la moiteur de tes mains avant l'entrée sur scène. Je me souviens de l'enveloppe noire produite par l'extinction des projecteurs, des visages souriants des spectateurs. Je me souviens que c'est l'une des premières choses que j'ai partagé avec toi. Et c'est ce qui aujourd'hui nous sépare un peu.
Je me souviens de tout et pourtant j'ai la mémoire courte.

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