lundi 4 août 2008

Debout peu importe le prix


Man Ray

Le souffle est court et chaud. Sous moi, le monde agonise à feu doux. Cajolé par des flammes rouges, jaunes et bleues. Les rouges réveillent la colère, les jaunes la lâcheté et les bleues, les maux. Agrippés à ces couleurs drapeaux, à cette triade funeste, on se laisse bercer, on s'ignore, on se bat contre des fantômes.
Tu me voyais bleue parce que j'étais incandescente sous tes paumes. Et au fond de tes pupilles se redessinaient les champs de bataille que tu avais abandonnés. Les épées ensanglantées par les cris d'ennemis divers. Les corps aussi nus que vulnérables livrés à l'inconnu.
Tu crois que c'est étrange d'écrire son testament alors qu'on n'a pas encore vingt ans?

Sur ce sol, la poussière des corps qui se sont aimés gratuitement sans avenir. Un repos absenté par la paix. Pauvres Sisyphes. Tu aimes la saveur de l'amer? Le goût acre de ta lâcheté le long de tes papilles?

Je dessine les contours de ce nouveau destin vers lequel je trébuche. C'est ça, le premier jour. On ose regarder enfin les courbes de son pied s'imprégner sur les souvenirs hachurés. La peur d'effacer les preuves est anéantie tout d'un coup par l'élan que prend la jambe en se lançant dans le vide. On s'imagine les prochains pas comme une valse sans fin mais la nausée est latente et rattrape le corps dévoré jusqu'à la moelle.
On s'arrête. Le premier jour est fini.

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